Les proies – Dans le harem de Kadhafi

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Soraya, une fille d’à peine 15 ans repérée par Mouammar Kadhafi est enlevée dès le lendemain pour devenir, avec d’autres, son esclave sexuelle. Séquestrée plusieurs années, elle avait été battue, violée, exposée à toutes les perversions d’un tyran obsédé par le sexe. Il lui avait volé sa virginité et sa jeunesse, lui interdisant ainsi tout avenir respectable dans la société libyenne. Après l’avoir pleurée et plainte, sa famille la considérait désormais comme une traînée. Irrécupérable.

Une vie brisée. Une seule ? Non, des centaines, sans doute plus. Les Proies, déjà traduit dans une quinzaine de langues, nous plonge dans les coulisses d’une dictature, dans les profondeurs d’un système esclavagiste terrifiant, aux complicités multiples, entre corruption, terreur, viols, crimes.

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Critique par Cecile Mougin

Je tiens vraiment à partager, et à faire tourner ce livre d’Annick Cojean. Je l’ai, personnellement, découvert assez récemment, mais il est probable que certains en ai entendu parler. Pour ceux dont ce n’est pas le cas, c’est un livre à lire absolument. Il est bouleversant, révoltant, scandalisant, marquant. C’est, si l’on ose cette métaphore, unE bombe. Bien sur, on savait que Kadhafi était loin d’être un Chef d’Etat tout ce qu’il y a de plus respectable, mais avec la lecture de ce témoignage, l’horreur de sa dictature ressort à la puissance mille. Le témoignage de Soraya est clair, sans artifice. Et même après cette lecture, on peine encore à imaginer concrètement ce qu’a pu être sa vie. « L’infamie de Kadhafi dépasse l’imaginable et le range dans la galerie des monstres qu’on avait espéré close avec Idi Amine Dada et Pol Pot ».  

Je suis personnellement dégoutée quand je vois que l’une des premières image qui s’affiche sur Google en tapant « Kadhafi » est celle de deux hommes, le sourire aux lèvres et les mains mutuellement tendues. À droite Kadhafi, et à gauche l’ancien Président de la République française, Nicolas Sarkozy. Au delà de toutes les obligations possibles d’un Chef d’Etat que je ne suis sûrement pas en mesure de comprendre, il y a quand même certaines choses qui ne devraient pas être possible. Comme le fait qu’il ai pu installer sa tente à côté de l’Elysée. Pour moi, c’est une sorte de contribution de la France à la gouvernance inhumaine d’un « Guide » qui a tyrannisé son pays pendant plus de 40 ans. Il prônait de grandes idées sur les femmes dans toute l’Afrique, en s’appuyant même sur des textes religieux quand, dans le même temps il faisait subir les pires sévices aux femmes et ne respectait en rien les principes de l’Islam.

Ce livre, au delà de l’aspect descriptif du récit et de l’enquête de la journaliste, met en colère. En colère contre cet homme (si on peut le qualifier ainsi), mais en colère contre nous mêmes et contre nos gouvernements démocratiques. Ce même gouvernement sarkozyste, et le président lui-même, ont – ils préféré ne pas voir? N’étaient – ils au contraire, pas au courant? Et dans le cas contraire, comment ont-ils pu cautionner une telle horreur et inviter dans les instances du pouvoir français un tel personnage? Toujours est-il que la journaliste fait ici un travail remarquable, avec les moyens qu’elle a pu avoir à disposition car, (elle le rappelle elle-même), le sujet est encore tabou en Libye et il ne faut pas « ressortir les secrets de Kadhafi ». Ce n’est pas une lecture facile; elle compile l’atrocité du témoignage et la complexité de l’ancien régime libyen. Cependant, sa lecture me semble indispensable, en tant que citoyen, c’est une sorte de devoir de refuser de fermer les yeux sur ces pratiques politiques où le viol d’une jeune fille est exécuté avec autant de conscience que le fait d’aller se faire servir un café.

Ce genre de drame existe sûrement dans bien d’autres pays, et il faut espérer qu’un jour des personnes auront de réels moyens pour se battre contre cela. En attendant, l’enquête menée par Annick Cojean est à remarquer, et même à féliciter.

  • novembre 2014

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Les proies – Dans le harem de Kadhafi